6ème directive européenne anti-blanchiment (6AMLD) : ce que ça change concrètement pour les assujettis belges
La 6ème directive anti-blanchiment (UE 2018/1673) élargit les infractions sous-jacentes, renforce la responsabilité des personnes morales et harmonise les sanctions minimales. Décryptage des 22 infractions, des nouvelles obligations pour les assujettis belges et des impacts pratiques sur le KYC.
La 6AMLD en bref
La 6ème directive anti-blanchiment (UE 2018/1673), transposée en droit belge dès 2020, marque un changement de paradigme : elle ne se contente pas d'élargir le périmètre du blanchiment, elle harmonise les infractions sous-jacentes et durcit la responsabilité pénale.
Contrairement aux 4ème et 5ème directives qui ciblaient surtout les obligations préventives des assujettis (KYC, UBO, déclarations CTIF — voir la loi du 18/09/2017), la 6AMLD vise le droit pénal lui-même. Mais ses effets indirects sur les professions assujetties sont massifs.
Le concept clé : les infractions sous-jacentes
Le blanchiment est un délit dérivé : il suppose qu'un autre crime ait généré les fonds blanchis. Avant la 6AMLD, les États membres définissaient librement les infractions pouvant fonder un blanchiment. Désormais, 22 catégories d'infractions sous-jacentes sont harmonisées au niveau européen.
Les 22 infractions sous-jacentes harmonisées
Les infractions 17 (crimes fiscaux) et 22 (cybercriminalité) sont des ajouts notables par rapport au cadre antérieur.
Ce que ça change concrètement en KYC
Pour un assujetti belge (cabinet d'avocat, comptable, prestataire de services aux sociétés), la 6AMLD impose de revoir l'évaluation des risques pour intégrer explicitement :
Risque fiscal renforcé
- L'évasion fiscale aggravée devient un délit sous-jacent. Concrètement : si vous savez ou suspectez qu'un client utilise des montages pour échapper à l'impôt au-delà du seuil pénal, vous êtes exposé.
- En pratique : croiser les déclarations TVA, la cohérence économique et l'objet social.
Risque cyber
- Les fonds issus de rançongiciels, fraudes en ligne, carding sont désormais clairement sous-jacents.
- Sensibiliser les équipes aux signaux faibles : crypto-actifs reçus de wallets non identifiés, virements suite à arnaques au président, etc.
Self-laundering puni
La 6AMLD impose la criminalisation de l'auto-blanchiment : la personne qui a commis l'infraction sous-jacente est aussi punissable pour le blanchiment des fonds. Avant, certains États (dont la Belgique avant 2017) ne le poursuivaient pas.
Impact pour les assujettis : un client qui blanchit son propre argent issu d'une fraude fiscale est désormais pleinement passible. Pas de "ce n'est pas mon problème, il a déjà fait l'infraction principale".
Responsabilité des personnes morales
Les personnes morales (sociétés, ASBL) peuvent être condamnées pénalement pour blanchiment (et pas seulement administrativement). Sanctions :
- Amendes : jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires annuel
- Interdictions : exercice de l'activité, accès aux aides publiques, marchés publics
- Liquidation judiciaire dans les cas les plus graves
Sanctions minimales harmonisées
La 6AMLD impose des peines minimales pour le blanchiment :
- 4 ans d'emprisonnement minimum pour les cas graves (chefs de bande, montants élevés)
- Sanctions accessoires : confiscation des avoirs, interdiction professionnelle
Impact sur la déclaration CTIF
Avec la 6AMLD, les soupçons à déclarer s'élargissent :
- Suspicion de fraude fiscale aggravée : déclaration possible si le seuil pénal est franchi (en Belgique, seuil indicatif : impôts éludés ≥ 50 000 €)
- Suspicion de cyberfraude : ransomware reçu d'un client, fonds transitant via mixers crypto
- Suspicion d'auto-blanchiment : un client qui justifie mal l'origine de ses propres fonds
Voir notre guide CTIF.
Mise à jour 2024 de la 6AMLD
En 2024, l'UE a adopté une mise à jour de la 6AMLD (Directive (UE) 2024/1654) qui :
- Ajoute le trafic d'organes et certains crimes environnementaux
- Renforce les sanctions transfrontalières
- Aligne avec le règlement AML unique 2024/1624 (voir notre article sur l'évolution AML 2026-2030)
Cette mise à jour est applicable en Belgique depuis la transposition de fin 2025.
Checklist d'adaptation à la 6AMLD
Pour un assujetti qui n'a pas encore actualisé son dispositif :
Voir aussi la checklist 2026.
Comment Company Belgium intègre la 6AMLD
Le socle réglementaire de Company Belgium inclut la 6AMLD à jour :
- Évaluation des risques intégrant les 22 infractions sous-jacentes
- Modèles de KYC avec clauses spécifiques fiscalité et cyber
- Monitoring avec scénarios crypto et fiscaux
- Liaison directe aux listes de sanctions UE harmonisées
- Veille trimestrielle sur les évolutions 6AMLD
- Formation continue des AMLCO sur les nouvelles typologies
Voir aussi le panorama RegTech 2026.
En résumé
La 6AMLD ne change pas la mécanique du KYC, mais elle élargit considérablement le champ des soupçons que vous devez détecter. Fiscalité aggravée, cybercriminalité, auto-blanchiment sont désormais des sous-jacents pleinement intégrés au dispositif.
Pour un assujetti belge, le bon réflexe en 2026 : ajouter ces dimensions à votre matrice de risque, former vos équipes aux nouveaux red flags, et configurer votre outil RegTech pour produire des alertes ciblées.
Questions fréquentes
Quelles sont les 22 infractions sous-jacentes de la 6AMLD applicables en Belgique ?
La 6AMLD harmonise 22 catégories d'infractions sous-jacentes au blanchiment, dont la participation à un groupe criminel, le terrorisme, la traite des êtres humains, la corruption, la fraude, les crimes fiscaux aggravés et la cybercriminalité. Les infractions fiscales et cyber sont les ajouts les plus notables par rapport au cadre antérieur. Depuis la transposition belge de 2020, tout assujetti doit intégrer ces 22 catégories dans son évaluation des risques.
Qu'est-ce que l'auto-blanchiment et pourquoi est-il puni depuis la 6AMLD ?
L'auto-blanchiment consiste pour une personne à blanchir elle-même les fonds issus d'une infraction qu'elle a commise. Avant la 6AMLD, certains États membres, dont la Belgique avant 2017, ne le poursuivaient pas. La directive impose désormais la criminalisation de ce comportement. Pour les assujettis belges, cela signifie qu'un client justifiant mal l'origine de ses propres fonds peut être suspecté d'auto-blanchiment et doit faire l'objet d'un signalement au CTIF.
Quelles sanctions la 6AMLD prévoit-elle pour les personnes morales en Belgique ?
La 6AMLD permet de condamner pénalement les personnes morales pour blanchiment. Les sanctions incluent des amendes jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires annuel, des interdictions d'exercice ou d'accès aux marchés publics, et dans les cas les plus graves une liquidation judiciaire. Pour les personnes physiques, une peine minimale de 4 ans d'emprisonnement est prévue pour les cas graves.
Comment la 6AMLD modifie-t-elle les obligations de déclaration au CTIF pour les assujettis belges ?
Avec la 6AMLD, les soupçons déclarables au CTIF s'élargissent à la fraude fiscale aggravée (impôts éludés d'au moins 50 000 euros en Belgique), à la cyberfraude et à l'auto-blanchiment. Les assujettis doivent aussi surveiller les flux en crypto-actifs liés à des rançongiciels ou des arnaques en ligne. La mise à jour 2024 de la directive ajoute le trafic d'organes et certains crimes environnementaux à cette liste.
Commentaires
Articles similaires

Notaires : vérifier les bénéficiaires effectifs avant un acte authentique
Le notaire est en première ligne pour bloquer les schémas de blanchiment via les sociétés. Constitution, fusion, transfert d'actions, vente d'immeuble : chaque acte exige une vigilance UBO renforcée. Voici la check-list complète pour sécuriser un acte authentique sans alourdir la pratique.

Retour de la période d'essai en Belgique : ce que la réforme Clarinval change pour les PME au 1er jour d'embauche
La Chambre a voté le 21 mai 2026 le rétablissement d'un régime d'essai sur les six premiers mois du contrat de travail. Préavis raccourci à une semaine, justification écrite, périmètre limité aux nouveaux contrats : ce que les employeurs belges doivent comprendre avant la publication au Moniteur.

Succursale en Belgique et registre UBO : ce que doit faire la société étrangère
Une société étrangère qui ouvre une succursale en Belgique n'est pas une société belge : la succursale n'a pas de personnalité juridique propre. Cela change tout pour le registre UBO. Découvrez qui doit déclarer quoi, et pourquoi une filiale SRL belge offre un cadre plus lisible.
